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Textile, habillement, chaussure

Pilier X · Publié le 6 octobre 2026 · Mis à jour le 17 octobre 2026 · Par Jean Paul Poignand

Fabriquer ici, garder ce qui sert.

« Fabriquer ici, garder ce qui sert. »

Le jour où l’on fabrique ici tout ce qu’on porte, on ne garde que ce qui sert : moins de pièces, plus solides, réparées, et un demi-million d’emplois.

[FAIT] En 2025, 3,6 milliards d’articles textiles et de chaussures neufs, linge de maison compris, ont été vendus en France (Refashion) ; les ménages ont dépensé 44,5 Md€ en habillement et en chaussures en 2024 (Insee).

DEUX BILLETS POUR VOIR LE CHOIX

PAR HABITANT ET PAR AN · 2025Aujourd’hui
Vêtements43
Paires de chaussures4
Budget651 €
Fabriqué en France≈ 3 %
95 à 97 % importés, selon un chiffre cité à l’Assemblée nationale.
PAR HABITANT ET PAR AN · SCÉNARIOLe nécessaire
Vêtements15
Paires de chaussures2
Budget572 €
Fabriqué en France100 %
Chaque pièce coûte 2,4 fois plus, mais on en achète trois fois moins. Calcul de la Doctrine.
580 000 emplois directspour habiller la France au nécessaire, avec des vêtements fabriqués ici, contre environ 25 000 fabricants d’habits et de chaussures aujourd’hui.

[HYPOTHÈSE] Modèle de la Doctrine, croisé avec quatre autres IA : 4 000 vêtements et 3 600 paires par emploi (productivité française réelle), 40 à 50 % de travail en plus par pièce durable, 22 000 cordonniers et retoucheurs. Fourchette : 400 000 à 780 000 emplois directs. Budget actuel : 44,5 Md€ ÷ 68,4 millions d’habitants.

LA QUESTION POLITIQUE

Faut-il continuer d’acheter 43 vêtements jetables fabriqués ailleurs, ou 15 vêtements durables fabriqués ici, pour un budget comparable ?

[FAIT] donnée sourcée · [CALCUL] calcul reproductible · [HYPOTHÈSE] à démontrer · [ANALYSE] lecture de la doctrine · [PROPOSITION] mesure proposée

Ce que la France a perdu

Boussac : l’État a payé, le repreneur a promis, l’emploi n’a pas suivi

DateCe qui s’est passé
1979 → fin 1984[FAIT] Le groupe Boussac-Saint Frères passe de 26 000 à 16 000 salariés, avant toute reprise. Environ 1 milliard de francs d’aides publiques entre 1981 et 1984.
14 décembre 1984[FAIT] Bernard Arnault écrit à Laurent Fabius qu’il appliquera le plan industriel et social présenté à l’État, qui prévoyait le maintien de 12 252 emplois. Il est préféré à Maurice Bidermann.
1985-1986[FAIT] Les usines textiles sont cédées dès janvier 1985. Le groupe tombe à 12 500 puis 9 800 salariés : − 39 % par rapport à fin 1984.
1987-1989[FAIT] Le textile restant est vendu ; Dior et le luxe deviennent le socle de la prise de contrôle de LVMH.

[FAIT] Archives nationales (fonds Boussac et l’État) ; Le Monde, 1987 ; Sénat ; thèse de l’université PSL, 2026. [ANALYSE] Le déclin avait commencé bien avant 1984, et le caractère juridiquement contraignant des 12 252 emplois n’est pas établi. Ce qui l’est : un soutien public massif, un engagement écrit, et un emploi qui n’a pas suivi.

Une chaîne trouée

MaillonÉtat des lieux
Le lin[FAIT] La France est le premier producteur mondial de fibre longue de lin (FranceAgriMer) ; avec la Belgique et les Pays-Bas, l’Europe en produit 80 %, mais en expédie 85 % vers des filatures chinoises et indiennes (ministère de la Culture). [CALCUL] Filé ici, il suffirait à la moitié du vestiaire du nécessaire, sans irrigation.
La filature[FAIT] Safilin a rouvert une filature de lin à Béthune en 2022 pour 5 M€ ; elle a fermé en septembre 2025 : énergie, prix de la fibre, commandes.
Le cuir[FAIT] 33 tanneries et mégisseries en 2024, 1 493 salariés, en grande partie au service du luxe (Conseil national du cuir).
La chaussure[FAIT] 12,6 millions de paires fabriquées en France, contre 438 millions importées pour 7,93 Md€ (Fédération française de la chaussure).
Les métiers[FAIT] Plus de formation en bonneterie depuis vingt ans, selon Saint James ; il faut 18 mois à 2 ans pour former un tricoteur.

[FAIT] CE QUI TIENT ENCORE

Paraboot, dont la demande dépasse la capacité ; Weston, environ 60 000 paires cousues à Limoges ; Saint James, environ 300 salariés ; Armor-Lux, 600 salariés ; l’usine automatisée du Slip Français à Aubervilliers, environ un million de pièces par an. Des manufactures qui tiennent, exportent et réparent.

Le raisonnement par l’absurde

[HYPOTHÈSE] Et si la France fabriquait elle-même tous les vêtements et toutes les chaussures qu’elle achète ? Cinq raisonnements indépendants (Claude, ChatGPT, Gemini, Grok, Perplexity) aboutissent à la même conclusion : au volume actuel, c’est impossible ; au nécessaire, c’est possible.

Valeur centraleAu volume actuelAu nécessaire
Vêtements par habitant4315
Paires de chaussures par habitant42
Emplois directs≈ 930 000≈ 580 000
Personnes à former par an, sur dix ans≈ 91 000≈ 56 000
Investissement≈ 47 Md€≈ 27 Md€
Prix moyen par pièce× 1,7× 2,4
Budget par habitant (651 € aujourd’hui)1 092 €572 €

Trois produits refaits en France

ProduitImportéFabriqué en FranceCe qui fait la différence
Tee-shirt10 €≈ 21 €Main-d’œuvre : 5 centimes en Chine, 6,70 € en France
Jean30 €≈ 68 €30 minutes de couture et le délavage
Baskets40 €≈ 60 €La marge de marque pèse déjà plus que l’usine

[FAIT] Vendu en direct par l’atelier, le jean français approche le prix des grandes marques : 134 € en coton et 180 € en 100 % lin chez Le Gaulois (atelier de la région lyonnaise), pour environ 110 € un Levi’s 501 dont 12 à 18 € seulement paient la fabrication. [CALCUL] Fabriqué à grande échelle et vendu en direct, le jean en lin reviendrait à environ 80 €.

[ANALYSE] LE SURCOÛT CHANGE DE POCHE

Au volume actuel, les ménages paieraient environ 30 Md€ de plus par an ; la collectivité en récupérerait à peu près autant en cotisations, impôts, TVA et chômage évité, si la moitié des postes est pourvue par des demandeurs d’emploi indemnisés. Ce n’est pas une richesse en plus : c’est de l’argent qui reste ici au lieu de partir à l’étranger.

Faire durer : la chaussure cousue

[CALCUL] Sur vingt ans, une paire cousue Goodyear à 350 €, ressemelée quatre fois à environ 140 €, coûte 910 € . Des paires collées à 70 €, remplacées tous les 18 mois, coûtent 930 € . Même prix, mais une paire au lieu de treize . [ANALYSE] Le vrai obstacle n’est pas le coût : c’est d’avancer 350 € d’un coup.

FORMULATIONS À ABANDONNER

« Le bateau pollue » : il ne pèse que 2 à 3 % de l’empreinte carbone d’un vêtement. Ce qui pèse, c’est l’usine : un kilo fabriqué en France émet moitié moins de CO₂ qu’un kilo importé, et le nécessaire fabriqué ici diviserait par cinq l’empreinte de notre habillement. « L’État a donné tout le textile français à Bernard Arnault » : il s’agissait du groupe Boussac, et le déclin avait commencé avant.

La réforme éconologique

Phase 1 : rendre visible

1. LA VRAIE ORIGINE AFFICHÉE

Indiquer l’origine du fil et du tissu, le lieu de confection, la réparabilité et la durée de vie attendue.

2. LE COÛT PAR ANNÉE D’USAGE

Afficher, à côté du prix, le coût par année d’usage estimé, pour comparer un produit durable à un produit jetable.

3. LE REGISTRE DES AIDES

Publier chaque année les aides publiques versées aux entreprises du textile et de la chaussure, avec les engagements d’emploi pris et tenus.

Phase 2 : reconstruire la filière du nécessaire

1. Toute aide publique doit être liée à un engagement d’emploi opposable. [PROPOSITION]

Engagement écrit, chiffré et daté, remboursable s’il n’est pas tenu : la leçon de Boussac.

2. Le lin français doit être filé en France. [PROPOSITION]

Contrats d’énergie de long terme et commandes publiques, là où Safilin a échoué seule.

3. La commande publique doit habiller ses agents en fabriqué en France ou en Europe. [PROPOSITION]

Uniformes, linge hospitalier, chaussures de service, avec des critères de durabilité et de carbone permis par le droit européen.

4. L’achat durable doit être accessible aux ménages modestes. [PROPOSITION]

Une avance remboursable pour un produit réparable ; un bonus réparation renforcé.

5. Former avant de construire. [PROPOSITION]

Du CAP à l’ingénieur, en alternance, dimensionné sur chaque usine décidée.

FORMULE FINALE

Le jour où l’on fabrique ici tout ce qu’on porte, on ne garde que ce qui sert.

SOURCES ET LECTURES

Note : la France autonome en habillement, le raisonnement par l’absurde Annexe chiffrée : le lin, l’eau et la matière française Questionnaire : et si la France s’habillait elle-même ?

Sources principales

Fiche du Pilier X · version 5 du 6 octobre 2026 · Audit multi-IA.